Une femme portant un masque sort d'un isoloir lors du premier tour des élections municipales, le 15 mars 2020 à Bordeaux ( AFP / NICOLAS TUCAT )
Maintenues en dépit de la progression de l'épidémie de coronavirus, les élections municipales de 2020 se sont déroulées dans une atmosphère surréaliste, avec une participation en chute libre et un deuxième tour reporté de... deux mois et demi.
Le dimanche 15 mars 2020, les bureaux de vote ouvrent dans une ambiance pesante malgré un soleil qui s'annonce printanier sur une grande partie du pays.
La France est passée la veille "au stade 3" de l’épidémie, signifiant que le virus, après de premiers "clusters" détectés en février, circule sur tout le territoire. Le Premier ministre Edouard Philippe, inquiet du non respect des règles de "distanciation sociale", a ordonné la fermeture des lieux publics "non indispensables", comme les restaurants ou les cinémas.
Mais pas de report d'élection. La question a été tranchée le jeudi 12 par Emmanuel Macron après une longue réunion à l'Elysée du conseil scientifique présidé par Jean-François Delfraissy.
"Les scientifiques considèrent que rien ne s'oppose à ce que les Français, même les plus vulnérables, se rendent aux urnes", explique le chef de l'Etat.
Par précaution, Edouard Philippe annule tout de même son ultime meeting au Havre le 12 au soir.
Mais pas question encore une fois de toucher aux élections, alors que le président de LR, Christian Jacob, crie au "coup d'Etat" en cas de report.
Marquage au sol pour les files d'attente, nettoyage régulier des bureaux de vote, point de lavage des mains ou gel hydroalcoolique... le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, a envoyé aux mairies une circulaire détaillant les mesures d'hygiène à prendre.
Une personne portant des gants tient un registre dans un bureau de vote lors du premier tour des élections municipales, le 15 mars 2020 à Hénin-Beaumont ( AFP / DENIS CHARLET )
Selon lui, "voter est sans danger". A l'époque, le port du masque n'est pas encore recommandé. Au contraire même, celui-ci ne doit pas empêcher l'identification de l'électeur...
Le jour du vote, les électeurs s'adaptent: on évite de toucher les rideaux des isoloirs, on vient avec ses propres stylos, ses propres gants.
- "De l'isoloir à l'isolement" -
Mais cela ne suffit pas à rassurer. La participation chute de près de 20 points par rapport à 2014, à seulement 44,66%.
"La salle de classe où était installé le bureau de vote ressemblait plutôt à la salle d'attente d'un dispensaire dont chacun espérait s'échapper au plus vite", résume le quotidien La Voix du Nord dans un éditorial "De l'isoloir à l'isolement".
Un panneau indique les consignes à respecter lors du premier tour des élections municipales, le 15 mars 2020 à Paris ( AFP / Philippe LOPEZ )
Dans ces conditions lunaires, le report du second tour s'impose dès le lundi matin comme une évidence, y compris auprès de ceux qui s'y opposaient trois jours avant.
Le soir même, M. Macron confirme ce report. Mais c'est une autre annonce qui retient l'attention des 35 millions de Français devant leur télévision ce soir-là: un confinement général à partir du mardi à 12H00.
Le second tour se tiendra finalement le 28 juin, avec une participation encore plus faible, à 41,86%.
Dans quelle mesure le scrutin a-t-il été faussé ? Le recul de le participation ayant été plus marqué chez les personnes âgées, qui votent plus à droite, certains politologues estiment que cela a pu amplifier la vague écologiste dans des grandes villes traditionnellement de centre-droit comme Bordeaux, Lyon ou Annecy.
Dans quelle mesure le vote a-t-il exposé la population ? Des électeurs, des assesseurs et des élus ont été contaminés pendant la campagne, le vote et les soirées électorales. Mais aucune étude n'en a fixé l'ampleur.

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